La Tanière de Sìne

Bienvenue dans ma Tanière de Louve, mon antre au parfum de Forêt, où je chante mon paganisme au quotidien et hulule mes réflexions au clair de Lune... Le journal d'une petite païenne sur le chemin des Puissances sauvages...

23 mai 2009

Petit mot au nom de mon Seigneur

Le Dieu est la polarité masculine de l'Univers, le Soleil qui dore les blés, les cerfs qui courent dans les forêts, le vent qui nous caresse le visage, le feu qui nous réchauffe. Il est l'homme dont la semence fertilise les champs de la Mère. Il est tour à tour artisan, guerrier, poète, sage et chaman, guérisseur, Artiseur, chasseur.

Voilà la petite présentation du Cornu que j'ai trouvée chez La Renarde. Elle est succinte mais me parle beaucoup... Je pense l'avoir assez dit (et aussi m'être fait assez fouetter de l'avoir affirmé haut et fort) pour qu'on le sache : le Dieu, le Cornu, le Sauvage, je l'aime. Je l'aime et je le prie, ou plus exactement encore je le sens courir en moi, à travers mes veines, et souffler sur ma peau et dans mes cheveux. Malgré mes innombrables "essais" (à la suite des coups de fouet susmentionnés), je n'arrive toujours pas à comprendre comment l'on peut l'écarter de notre ressenti païen du monde... L'esprit de Lailoken (comme le nomme si bien Loevenbruck --- le meilleur auteur de fantasy après Tolkien, sans conteste possible) est totalement indissociable de la Vie - et de la Mort. Il est l'essence, le souffle, l'élan primordial.
Contrairement, je pense, à la majorité des païens, je ne le place pas à côté de la Déesse. J'ai appris depuis longtemps à ne pas diviser le monde en deux. Pourquoi deux, d'abord ? Si peut-être deux, alors peut-être quatre, et pourquoi pas vingt-sept ou cinquante-six ? Non, il me fallait le définir autrement. Le placer dans une autre dimension que la Dame - bien que parfois ils se tiennent côte à côte et s'épousent, mais c'est une autre histoire.

Il n'est pas l'opposé de la Déesse, il n'est pas son fils non plus, ni son père. Son frère ou son amant est déjà plus juste, mais encore là ça me titille. Non. Il est Autre, tout simplement. De la même manière que le Sidh ou le plan astral sont autres par rapport à notre monde humain.
Je ne cherche pas à savoir lequel, d'entre la Dame ou le Cornu, je prie le plus. Parce que je m'en cogne. C'est comme si l'on cherchait à comparer les cycles lunaires et solaires : ils n'ont pas vraiment de lien, leurs rythmes sont totalement différents (d'ailleurs il faudra que je poste quelque chose à ce sujet, un de ces quatre *se grattouille la tête*). Pourquoi comparer l'incomparable ? Mais pourquoi devons-nous toujours, même nous qui nous proclamons sortis de ce concept judéo-chrétien, tenter de classer le monde en morceaux ? Allez, toi dans une boîte et toi dans une autre...

J'aime le Cornu comme beaucoup, beaucoup de visages, et pas seulement celui du Père, du Frère, de l'Amant et du Fils. Il est tant de choses... La Déesse, je crois pouvoir dire qu'elle est simultanément tous les contraires possibles. Le Cornu, lui, me semble plutôt les être tous (également) mais à la suite. Enfin, cela encore ressemble beaucoup à une boîte, non ?

Ô mon cher Seigneur... Puisse-tu toujours courir à mes côtés quand je parcours la Forêt, renifler mon poulailler au fond du jardin sous ton visage renard, me faire frémir de la tête aux pieds quand je regarde mon Soleil, m'apporter connaissance et sagesse en tant que Borgne, indiquer le chemin de mes rêves en forme de grand loup blanc, marteler dans mon âme la soif de connaissance... Puisse-tu aussi retrouver dans le cœur des hommes et des femmes la place que tu aurais dû pouvoir garder toujours. Cher Sauvage... Je t'aime.

Cernunnos

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Aproppo : la magie des bêtes

Je viens de retrouver une vieille connaissance indirecte qui me relie de nouveau à un groupe de personnes que j'aime beaucoup et croyais avoir perdues de vue... M'enfin ça ce sont (encore) mes états d'âme et ce n'est pas de ça dont je veux parler ici : cette vieille "connaissance", donc, a écrit (il y a un moment déjà) sur son blog un message qui m'a particulièrement parlé... Plutôt que d'essayer de vous retranscrire tout cela, ce qui lui ferait forcément perdre son essence et sa force, le voici tel quel :

Paroles de loup

Un vieux souvenir est revenu dans ma tête ce soir.

Il y a quelques années, un individu plus ou moins bien intentionné, a tenté de me soudoyer pour apprendre la magie des bêtes.
Outre le fait qu'on ne me soudoie pas et qu'il a pu aller se rhabiller, sa question montre à quel point, comme ceux qui y sont étrangers, il n'y entendait rien.
Je vais vous dire un truc : ça ne s'apprend pas. Une fois n'est pas coutume, ça se ressent et c'est un cheminement.
"L'émerveillement est le premier pas vers le respect". Vous avez sans doute déjà entendu cette phrase, bien qu'employée à propos d'autre chose. Il y a un peu de cela.
Aller vers les bêtes, aller vraiment vers elles c'est un peu un sacrifice, c'est difficile. C'est abandonner une part de son humanité. Ca fait peur.
Respecter les bêtes, ce n'est pas chose aisée, car ce n'est pas d'un respect d'homme qu'il s'agit. Ce n'est pas l'émerveillement d'un môme quand il voit une bestiole pour la première fois. Ce n'est pas non plus s'émerveiller d'un contact que l'on peut avoir avec un animal, une sorte de dialogue. On ne comprend pas l'animal parce qu'il prend le morceau de viande qu'on lui donne.
Ce qui est sauvage doit être compris dans l'esprit et dans la chair.
Aujourd'hui plus que jamais c'est une chose impensable dans notre monde civilisé. Notre passé religieux si lourd a passé des siècles à marteler que l'animal était inférieur à l'homme. Je pense qu'à ce stade vous savez ce que j'en pense.

On va laisser ça comme ça pour ce soir, je crois qu'il y a suffisamment matière à réflexion, et puis si vous avez un tant soit peu saisi ce qui vient de se dire, vous savez que manger, dormir ou jouer sont des choses à ne pas négliger.

<Croise les pattes et ronge son os> Bonne soirée.

... Et excuse-moi, Loup, si tu aurais préféré que je ne poste pas cela. Tu n'étais pas dans ta Tanière quand j'y suis passée. Grogne un coup et je t'enlève ça sans protestation aucune, promis.

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21 mai 2009

Ressenti de mes Lunes (2) - Hiver

mirandasnow_1_ Je me dépêche avant d'être (déjà) sortie de cette période^^ ...Suite à ma grosse déprime de la période précédente, j'ai vu arriver mon Hiver (appelé aussi Phase Sorcière) avec un immense soulagement. Tout comme le sang qui s'écoulait à petit flux, mes soucis étaient peu à peu lavés, effacés, laissés derrière moi.

Je suis passée par ce que j'appelle "l'enfermement du dolmen", soit une profonde introspection plutôt douloureuse au cours de mon Automne, et à l'arrivée de mon Hiver je sors et découvre le monde gelé, blanc, net, purifié et en attente. Ca me fait cela presque chaque fois.

Je sens déjà la période suivante qui s'annonce, soit mon Printemps. Ma période préférée, je crois, tellement pleine d'énergie et de créativité ! Mais ô Déesse, comme j'aime mon Hiver... Je me sens comme revenir dans la matrice de ma mère, je me replie, je vis au ralenti, je me réaccorde avec moi-même.

Une période très forte, et qui s'achève déjà...

Posté par Sine Gealach à 18:15 - Salle de méditation - Commentaires [2] - Permalien [#]

04 mai 2009

Ressenti de mes Lunes (1) - Automne

0511_6_1_En ce moment, je suis en période Automne de mon cycle, aussi nommée période "enchanteresse". Un terme que je n'utilise pas car il ne colle pas, mais alors pas du tout à ce que je ressens !  On dit que c'est un moment de tranquillité, où l'on peut savourer nos fruits avant le repli sur soi de la période Hiver (l'époque des règles)...

Dans mon cas, non seulement je ne suis pas tranquille mais en plus je souffre !  Ca a toujours été une période très éprouvante pour moi, riche d'émotions pas souvent positives... tandis que mon Hiver est calme et plutôt serein (mais j'en parlerai en temps venu).
Nous sommes en Lune Croissante (j'ai toujours mon Hiver à la Pleine Lune), et pourtant j'étouffe, je suis mal, j'ai besoin de m'extérioriser et je n'y parviens pas. Je ne m'y attend jamais tant je suis bloquée sur mes soucis, mais quand Lilith arrive enfin avec son sombre calice, c'est un soulagement.Dame_de_l__Automne_by_TysDerleth_1_
Pourtant, j'aime l'automne, je suis née en cette saison. Mais peut-être que je ne sais pas me "poser", rester tranquille pour une fois, peut-être que je ne supporte pas de ne rien voir arriver de nouveau...

J'ai du mal avec ma féminité en période automnale. J'ai l'impression de buter sur une muraille invisible... Je sais que cette fois-ci c'est lié à ma douleur et mes soucis, mais même quand tout va bien c'est toujours ainsi. [...] Vivement la Pleine Lune et mon Hiver !

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22 avril 2009

Caresses et murmures, vent complice et amis arbres

Ô Morrigan, ô ma chère Déesse !  Merci, vingt fois, cent fois, mille fois merci pour ce que tu m'as fait vivre cet après-midi !  Merci pour tous ces signes merveilleux que tu m'envoies, pour ces dons que tu déverses en moi avec une inépuisable générosité, merci pour ces liens que tu me permets de tisser avec tes enfants, merci pour ce Chemin que tu m'as dévoilé...

grotte002_1_

A midi en rentrant, déjà lors du trajet, sous les arbres et dans le Vent, j'étais légèrement en transe. Et puis, arrivée devant la porte, j'ai senti l'appel du Vent et le murmure lointain des grands sapins. J'ai fermé les yeux et j'ai laissé la Lumière m'emplir toute entière... Rouvrant les paupières, j'ai vu l'une des Dames de Morrigan posée juste en face de moi. Elle m'a longuement regardée, bien en face (hélas même en me concentrant je ne sais pas encore percevoir la voix des oiseaux), puis s'est envolée, m'a survolée en arc de cercle puis a pris la direction du jardin...

Pas besoin de plus, j'y ai couru immédiatement !  Les sapins, toujours chuchotants, m'ont accueillie de loin (ils ne se situent pas dans le jardin mais on les y voit) ; le Gardien, mon cher prunier sauvage, m'a fait présent d'une averse de pétales légers ; le palmier s'est mis à claquer ; la Bise soufflait doucement... J'ai senti l'Energie du Soleil et de la Terre m'arriver. Pleine de joie, je me suis ouverte à eux de toute mon âme. Exaltée, vibrante, j'ai alors appelé. J'ai prononcé des mots, je ne sais pas dans quelle étrange langue, inconnue à mes oreilles mais non à mon âme. J'étais à la fois insouciante et magistralement concentrée... J'ai appelé au nom de cette question que je me pose dans tous les sens depuis des mois. J'y ai envoyé toute ma Force de Vie.

Le geste m'est venu - je le connaissais déjà : j'ai levé lentement mes bras tendus, et tendue comme un arc j'ai rassemblé mon esprit vagabond. En les abaissant, j'ai expiré lentement et libérant l'Energie. Et à mon Appel le Vent a répondu... J'en suis certaine, ce n'était pas une simple rafale. Des mots, ou plutôt des symboles auditifs se détachaient dans l'Air. J'ai ouvert mes yeux que j'avais fermés pendant mon incantation silencieuse : le gazon s'est mis à onduler sous mon regard, formant et reformant des signes à toute vitesse - et pourtant je les percevais tous.

Quand tout s'est un peu calmé, je suis passée voir les poules. J'étais si grandie que je passais à peine sous le portique !  Il me semblait que je ne pesais rien, que j'étais un morceau de la Terre libéré de son appesanteur. Mes cheveux flottaient autour de ma tête, même quand le Vent se calmait. Puis je suis passée par cet endroit, tout petit mais si intense, où je sens toujours le Cornu quand j'y marche dans une certaine direction... Le prunier m'a encore appelée : tout ne m'avait pas encore été dit (et pourtant la tête me tournait de tout ce qu'elle contenait déjà). J'ai refermé les yeux et j'ai laissé cette fois le Cornu rejoindre la Déesse en moi. Les mots portés encore par le Vent ont pris un sens, j'ai commencé à les comprendre. Et, en rouvrant les yeux, Ingwaz a brillé, on ne peut plus claire, sur la terre du chemin. D'un seul coup tous les symboles lus dans le gazon auparavant ont pris leur sens...

Ingwaz2


Je savais, j'avais entendu et compris. Les arbres, le Vent, l'herbe, la Terre et le Soleil s'étaient associés pour me porter quelque chose, un cadeau si précieux que je le garderai toujours au fond de mon coeur... Cette fois le message était passé, j'ai laisser l'Energie couler à travers moi jusqu'à la Terre et j'ai lentement pris la direction de la maison. Mon coeur battait lentement, mon sang pulsait pourtant avec vigueur (comme à chaque visite du Cornu !), et tout mon être chantait de joie. J'avais eu ma réponse, et surtout j'avais enfin pu appeler à volonté et comprendre le Vent - par l'intermédiaire des arbres. Ingwaz j'ai notée précieusement...

Avant d'entrer dans la maison, j'ai entendu un croassement derrière moi. Souriante, je me suis retournée pour saluer la Corneille-qui-veille. Je ne puis le jurer, mais j'ai vu dans son oeil passer un éclair que chez un humain j'aurais qualifié de complice clin d'oeil...

corneille_2_1_

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31 décembre 2008

A propos du terme "Prêtresse"

J'entends souvent des femmes (sans doute des hommes aussi, bien sûr, mais vu que j'évolue plutôt dans l'univers du Féminin Sacré... -- non par choix toutefois !) qui disent qu'elles ont choisi de devenir Prêtresses. Que ce soit de la Déesse, du Dieu et de la Déesse, ou des anciens dieux en général, peu importe. Mais ce terme m'a fait réfléchir...

Moi aussi, il y a encore un mois, je me définissais comme Prêtresse. J'avais embrassé cette voie de façon logique et naturelle, surtout après avoir lu un certain article de Morgane la Fey, ma "première guide", à ce sujet. Et, il y a quelques jours, j'ai retrouvé mon cher livre, le premier, LE livre qui m'a lancée sur la piste de la Sorcellerie: Sorcières d'Erica Jong (non, je ne vanterai jamais assez ce bouquin^^). Je ne l'ai pas ouvert, je le connais tellement par coeur, mais tout son contenu m'est revenu en mémoire. Et, là, j'ai eu comme une révélation:

Prêtresse, c'est le féminin de Prêtre, non? Qu'est-ce qu'un prêtre sinon un homme, qui non seulement consacre sa vie aux déités (ce qui est formidable en soi), mais aussi qui se définit comme intermédiaire entre les déités en question et les autres humains ? Et CA, c'est exactement à l'opposé de la révélation personnelle de la divinité, principe auquel j'adhère totalement (grâce à Jong !). Nul besoin de prêtre ou de prêtresse pour parler aux dieux, tout autant qu'inutiles sont les églises ou les temples: je suis panthéiste, les Puissances sont partout et dans tout. Chacun peut s'adresser à Elles, pour autant qu'il les appelle en son coeur!

Donc je me suis ôté le terme de prêtresse, forcément (pourtant le mot me plaisait bien^^). Alors je suis quoi? Druidesse est un mot qui sonne bien, mais je ne me sens pas comme telle. Non, je suis Sorcière, tout simplement! Païenne, Sauvage, et Sorcière! Fille de la Terre et du Vent, comme j'aime à me nommer.   [...]   Quant à mon Cercle, puisque je n'en suis pas la "Prêtresse", j'ai repris le terme lié à mes chers Loups : je suis la Guide de mon Cercle, ou mieux encore, la Meneuse...

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Révélations lupesques et ardennaises

Je viens de me rendre compte que je n'en avais pas parlé, encore, de ce rêve-là... Si j'ai eu dans ma vie une seule expérience de "transe chamanique" (je ne connais pas le terme), eh bien ce fut celle-ci, en septembre dernier :

J'avance dans l'obscurité. Le sol est humide, imprégné des pluies qui ont martelé le sol ces derniers jours. Je sens le Soleil au-dessus des nuages, mais aucun rayon ne perce ni la couche cotonneuse ni la canopée. Cette Forêt est sombre, ancienne, je sens son coeur qui bat au même rythme que le mien, un coeur vieux de milliers d'années. Elle n'est ni bienveillante ni méchante, elle est juste là, tellement plus étendue et ancienne que nous autres petits individus qui ne sommes que des éclairs dans sa longue vie.

La main sur le sac de cuir accroché à ma taille, j'entends soudain un froissement de feuilles. Je me raidis, mais avec ce tapis de feuilles mortes qui crissent sous mes propres pas, je ne peux être sûre de rien... Une ombre blanche attire mon regard, un peu derrière moi, en retrait du sentier. Mon coeur se précipite, je me sens menacée. J'accélère le pas, bien que cela soit inutile et que je le sache parfaitement. Je suis suivie, depuis longtemps sans doute, et je n'ai aucun moyen de m'échapper...

Soudain je le vois plus clairement, les arbres sont clairsemés sur ma droite : Il est d'un gris très pâle, presque blanc. Sa gueule s'ouvre sur de magnifiques crocs, tranchants comme des rasoirs. Sa queue touffue fouette le sol, martelé par la puissance de ses pattes. C'est un vieux mâle, je le sens tout de suite à son regard, sage et tranquille, mais si sauvage !  Il me guette, je me sens proie, bien que je n'aie pas à craindre sa race, je le sais pertinemment.

Je me mets à courir, vite, très vite. Il me suit sans peine et moi je m'épuise. Je ne sais pourquoi j'ai si peur de lui, peut-être porte-t-il un message que je ne veux entendre ?  J'aperçois un arbre couché, vite, je bondis dessus et court sur le tronc. Il me suit sans peine, galopant par-dessus les branches cassées. J'arrive bientôt au bout... Un sapin proche m'offre une porte de sortie : je bondis et m'agrippe, grimpe tout en haut. Il lève les yeux, l'air triste, et tourne ses pas dans le sens de la descente. Il renonce !

Je reste longtemps perchée dans mon arbre, voulant être sûre qu'il a bel et bien abandonné la partie. Je ne peux oublier ses yeux, si profonds... Je finis par descendre, éreintée par ma course. Je marche quelques pas dans l'air tiède de l'automne puis trouve un vieux tronc de Chêne au pied duquel je m'assied. L'arbre partage généreusement sa force avec moi. Je ferme les yeux. Je me sens à nouveau bien...

...Quand je les rouvre, ô surprise !   Il est là, devant moi, assis sur son arrière-train, l'air tranquille et confiant. Je me méfie de lui, toujours, comme s'il devait me montrer quelque chose de terrible. Je sais qu'il est là pour me faire passer un seuil, même si je n'entrevois pas lequel. Je me méfie, mais je n'ai plus peur. Nous nous dévisageons longuement... Je perds la notion du temps, dans cette forêt si immémoriale et plongée dans ce regard d'une telle sagesse. Puis je tends, doucement, la main vers lui. Il se lève et, d'un pas léger, avance vers moi. Sa truffe fraîche touche ma paume... Il me lèche les doigts, je glisse mon autre main dans son épaisse fourrure. Nous nous serrons l'un contre l'autre, comme deux anciens amants qui se retrouvent avec circonspection.

L'humeur, si tendue, tourne alors au jeu :  il fait mine de happer des mèches de mes cheveux. Je lance un éclat de rire qui semble le ravir. Nous nous remettons à courir, mais par joie cette fois-ci. Nous filons entre les arbres, nous sautant dessus, faisant mine d'attaquer l'autre. Nous arrivons ainsi à la rivière. Sans hésiter il y plonge. J'ôte mes vêtements et le suis. L'eau est froide mais y jouer avec lui est un plaisir. Mais le jour tombe...

Je me retrouve soudain, lui toujours à mon côté, à la lisière de la Forêt. Un paysage de collines brunes, rude mais généreux à la fois, se dessine sous mes yeux. Je ne connais pas cet endroit, je n'y suis jamais allée, mais je le reconnais car mon guide m'a menée là. Je ne sais combien de temps s'est écoulé depuis notre rencontre, mais il ne m'a jamais quittée depuis. Mon vieux guide, mon contraire :  moi si jeune, femme, végétarienne, et lui ancien, mâle, carnivore. Nous nous entendons toutefois parfaitement... Je reste là sans doute très longtemps, toujours dans cette ambiance de soleil couchant, car l'air automnal se change en paysage de neige...

Nous nous mettons en route, la Meneuse et son Loup, vers une maison où je sais que l'on nous attend... Dans notre dos, la Forêt s'endort de son calme sommeil hivernal.

Ce rêve a été, sans conteste, le plus magnifique de ma Vie !  J'y ai rencontré un Loup, un beau grand vieux loup blanc, dans une somptueuse Forêt. Il est devenu mon guide. Je l'ai revu sous les traits d'un grand chien, quelques fois, que personne d'autre ne voyait. Je ne l'ai pas recroisé en rêve, mais je sais qu'il viendra si j'ai besoin de lui. Ce matin, en parlant avec ma mère, j'ai découvert que cette Forêt où s'est jouée notre rencontre était certainement celle des Ardennes, au Nord mais toujours en France. J'en suis persuadée !  J'irai, un jour, c'est certain, même si mon Loup n'existe sans doute que dans mon esprit...

Mon_loup_1

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29 décembre 2008

Chemin parcouru

Cela fait... environ 4 ans (pleins) que je pratique la Sorcellerie, le paganisme. 4 ans que je suis Sorcière. Et là, je me retourne sur moi-même et je regarde le chemin parcouru... Il est énorme. Je me sens encore totalement débutante, et pourtant j'ai tant et tant avancé en 4 petites années de rien du tout! Je me frotte les yeux, je crois que c'est la neige tombante et tourbillonnante qui fausse ma vue, et pourtant non. Je viens juste de m'en rendre compte... Je souhaite partager avec vous, mes amis, qui vous aussi avancez sur votre propre chemin, celui que j'ai parcouru, tout ce que j'ai appris (et désappris) :

- La Magie nous attire tout d'abord par le côté "pouvoir", "rituels" et "dons". Comme la plupart, j'ai commencé par tenter de manipuler les choses (et les gens!), de changer le cours de la Vie pour mon propre bénéfice ou celui de mes proches. Je ne regrette rien, les regrets sont des pas en arrière... Mais je me rend compte de cette erreur, humaine et faible, que de vouloir maîtriser notre Vie, de vouloir être puissant.   [...]   J'ai depuis ~3 ans, c'est-à-dire assez vite, laissé tomber la pratique rituallique. Autrement dit, je ne fais plus que très rarement de charmes pour influer sur quelque chose. Je trace des runes, oui, je prie et j'envoie de l'Energie quand je le sens nécessaire. Mais la "cuisine" des rituels, ce bazar des ingrédients et des correspondances, c'est terminé!  Je ne suis pas Mage, non, juste Sorcière...

- Longtemps, comme la plupart toujours, j'ai été obnubilée par les outils, par le fait de n'avoir ni Athamé, ni Bolline, ni Chaudron, ni Baguette, ni pentacle d'autel, ni... J'ai parcouru des kilomètres de pages Web de magasins païens/sorciers en ligne, bavant devant les articles proposés (je précise que ça, ça m'arrive toujours ^^).   Et, peu à peu (et aussi grâce à un article de Cerrydwen Asherah qui m'a énormément fait réfléchir...), j'ai cessé d'y penser. J'ai pratiqué avec ce que j'avais, simplement, sans me poser de questions. Et savez-vous quoi? Eh bien je n'en ai jamais eu besoin!!    [...]   Aujourd'hui, j'ai ...trois Baguettes (passion des arbres oblige^^), mais toujours rien du reste. Et ça ne me manque pas! Je me sens totalement Sorcière, mais j'use d'autres outils, moins connus, souvent même extrêmement personnels, qui me sont venus au fur et à mesure: mon tambour, mes pierres de vision (luegs), mes galets, mes runes, mon Collier, mon Cingulam, mon Coquillage blanc... Ils me sont sans doute beaucoup plus indispensables qu'un Athamé magnifique que j'aurais acheté par sentiment de "manque"!   D'ailleurs, pour tout dire, j'adore mes Baguettes, mais... je ne m'en sers quasiment jamais!^^ Une Bolline est envisageable, pour cueillir mes herbes (quoique, mes mains suffisent bien), ainsi qu'un chaudron peut-être, un jour... mais j'attends qu'ils se mettent sur mon chemin, je ne vais pas courir après!

- Et à propos d'outils, tenez : les miens me sont très précieux, je tremble à l'idée de les perdre, et pourtant je ne pratique jamais aussi fortement, aussi puissament que lorsque, prise d'une soudaine pulsion, je cours au jardin ou dans la Forêt et improvise une célébration absolument sans rien! =) Peut-être les outils freinent-ils l'élan primordial, finalement?

- Ah oui, ma pratique... Puisque je ne fais aucun rituel, aucun charme, que puis-je donc bien faire, me direz-vous? Eh bien, je célèbre, je rends grâce! Lors des Sabbats, je laisse couler en moi les Eléments et les déités tutélaires du moment.   Entre deux, eh bien je prie, j'écoute la Nature (arbres, pierres, animaux, climat...), je tente d'entrer en contact avec le Petit Peuple, je scrute les profondeurs aquatiques, rocheuses ou ignées pour connaître le passé, le présent et le futur, j'appelle le Vent qui m'apporte des messages, je m'offre à la Déesse et au Cornu ou à telle ou tel de leurs visages afin qu'ils entrent en moi, que je les incarne un instant, je tente de percer les Mystères de ce monde et des autres...   [...]  J'ai remarqué d'ailleurs que le Cercle, bien que j'adore m'y retrouver, n'est pas nécessaire. Il est utile, certes, pour se mettre en condition et concentrer l'Energie, mais la pratique prenant sa source à chaque élément de ma vie, si je devais tracer un Cercle à chaque fois je passerais mon temps dans cet espace... Et, franchement, je préfère avoir de la place!

- J'ai aussi été anxieuse face au Temps. Un Sabbat en retard? Une Lune qui n'est pas en bonne phase pour un Cercle? Un mauvais jour de la semaine pour une opération magique? C'était presque la panique!   [...]   Maintenant, si j'ai envie de prier Lugh en pleine tempête de neige, la nuit et un samedi, eh bien je m'enferme dans ma chambre, voire je m'enfouis sous ma couette, mais je réponds à l'appel de ce dieu! Les dieux possèdent l'Eternité (enfin, pas les Nordiques, qu'eux j'évite de "faire attendre" ^^), alors si je fête Samhain le 3 novembre ou Litha le 19 juin, ou que j'appelle la Vierge en Lune Décroissante, mais franchement quelle importance?? De toute façon, même sans regarder la Lune, si j'ai l'impulsion de faire quelque chose, ça tombe -comme par hasard- dans la bonne Phase. Même pas fait exprès!   ...Les Puissances me guident!

- Pareil pour les Cercles en groupe : Ouverture - Appel - Envoi - Fête - Remerciements - Fermeture, d'accord, c'est bien d'avoir un peu de structure sinon les novices sont perdus. Mais l'organisation de nos Cercles devient de plus en plus malléable : nous chantons avant d'appeler les Eléments, nous buvons avant (pendant, et après XD) la danse, nous allongeons telle partie ou sautons telle autre... (La transe de toute façon, lorsqu'elle survient chez l'un des participants, oblige à l'élasticité.) Et ce n'est même pas le bazar! Bon, en général on finit toujours en retard, mais quelle importance (si l'on n'a pas de train à prendre ^^) tant que l'on a vécu pleinement la réunion?

- Ah oui, les Eléments... Déjà, première chose, j'ai découvert par moi-même que ce qu'on nomme dans la Wicca le 5e Elément, vous savez, l'Esprit qui est censé être en haut du pentacle et diriger tout le monde, eh bien il n'existe pas. Pas le moins du monde! Tout est lié, chacun a son importance, chaque Elément dirige une forme, une partie de notre Esprit, mais la fable d'un 5e, ben excusez-moi mais je n'y vois qu'une invention sympathique des pratiquants trop rigides et encore habités par une conception d'un unique dieu omnipotent.   [...]   Secondement, je n'appelle plus les Eléments au début d'un Cercle : comme je pratique le plus souvent dans la Nature (la Forêt est mon temple, la matrice du monde...), les Eléments sont omniprésents! Rivière, Soleil (même caché), arbres, sol, souffle, Vent... Quel besoin de les appeler, ils sont déjà tellement ! Exception faite de la pratique en intérieur : sans bougie, le Feu n'a pas d'expression extérieure, hormis notre Flamme de Vie (si quand-même, donc).

- Je prie Odin, Freya, Thor, Hel, Vidar...; Morrigan, Brigid, Lugh, Oengus...; Lelia, Peroun...; et tant d'autres!  Je prie aussi la Déesse en général, sous son visage de Gaïa, ainsi que son consort le Cornu (si souvent mis de côté chez certains païens, hélas) en tant que Pan ou Cernunnos...    Et cependant je ne me retrouve dans aucun de ces paganismes:   -- J'aime beaucoup les divinités nordiques, mais pas vraiment la civilisation qui y est liée.   -- J'adore la culture celte, pourtant ses dieux et ses mythes ne me "parlent" que peu.   -- Je suis d'origine slave, mais cette culture ne me correspond pas.   -- J'aime énormément le symbole de la Femme-Araignée mais je n'ai rien d'une Amérindienne.  -- J'adore Sedna mais ne vis absolument pas comme les Inuits^^  -- J'ai des origines africaines, et pourtant je ne prie qu'Oshun, et encore bien rarement.    Quant aux Héllènes et Egyptiens, malgré tout le respect que j'ai pour eux, rien de leur civilisation ne me plait, pas même leurs dieux (exception faite d'Athéna - mais c'est une autre histoire).                                                               Du coup, j'ai dû me définir un nom, enfin un terme qui explique mon chemin et mes croyances (car je ne me sens pas non plus Wiccane, de quelque branche que ce soit, sauf peut-être la branche "Fouillis", si elle existe!)...   Et, au vu de mon adoration sans limites de la Nature (de la Forêt surtout, et du Lac, des montagnes, du ciel...), j'ai trouvé le terme : je suis une Sorcière Sauvage, pratiquante de la Sauvage (entendez "Wicca Sauvage", "Sorcellerie Sauvage" ou "Paganisme Sauvage", comme il vous plaira -- je ne suis pas contrariante ^^). En anglais? Mais très volontiers : Wild Sorceress (not "witch" please) or Wild Pagan, from the Wild Religion.    ...Have I said all that had to be?^^

Oooooh je vois encore tant de cheminements personnels, de "révélations" progressives, d'éclairements de ma lanterne... Je pourrais parler de tout cela des heures durant et je n'aurais pas encore tout dit. Cependant je pense que votre intérêt (et votre temps à me consacrer) a des limites^^, et puis j'ai faim et c'est l'heure de manger  ^_^  Je vais donc arrêter ici ce message et faire un pas de plus dans le sentier "plaisirs du palais"...   Merci de m'avoir lue, bravo si vous m'avez comprise, et je m'incline devant ceux que ce message aura touchés au point qu'ils remettent (un peu) en question leur propre paganisme! (je tiens à préciser que je le fais sans cesse ^^)

Posté par Sine Gealach à 11:56 - Salle de méditation - Commentaires [15] - Permalien [#]

28 décembre 2008

Autel de Yule

On est le 28, autrement dit il était temps que je le dresse, non?^^ Bref voici (enfin) mon autel de Yule:

S7002851

Alors, que je vous explique un peu les symboles: =)

-- Le plat en forme d'étoile représente la Nuit, en ce moment à l'apogée de sa puissance. -- Elle s'oppose au petit Soleil en paille, petit certes mais qui commence à lui "tenir tête". -- La bougie représente bien sûr le Feu, ainsi que le Soleil également (au Sud-Est) -- Les pommes de pin autour de cette dernière sont pour le Cornu. -- Le plat d'argent et le coquillage sont représentatifs de l'Eau (au Sud) -- Le quartz rose et le cristal de roche (à l'Ouest) sont pour la Terre. -- Le Houx représente l'Hiver, le Cornu encore une fois, la verdure aussi, qui persiste malgré le froid. -- Le potimarron représente l'automne qui s'est terminé il y a peu et les récoltes que nous avions faites, ainsi que la Mère généreuse. -- Les deux petites têtes de vaches (de zébu, en fait) viennent de Madacascar, j'avais craqué dessus car elles sont à la fois Cornues et associées au Féminin, voilà pourquoi elles sont au centre. -- Enfin la plume de Buse (au Nord) représente l'Air et cet oiseau auquel je suis intimement liée suite à plusieurs rencontres marquantes.

...C'est un autel très "naturel", à la fois simpliste et regorgeant de symboles... Très moi, en fait, exactement ce que j'avais envie de faire, de mettre en place. Je l'aime beaucoup! =D Et comme vous pouvez le constater, il est incroyablement différent de l'autel Yulesque de l'année dernière:

S7000809

Posté par Sine Gealach à 19:07 - Salle de méditation - Commentaires [0] - Permalien [#]

23 juillet 2008

Expérience astrale du 21 juillet - totalement incroyable

Ce soir, oui, je suis « sortie ». Je ne sais trop comment ni si c’était vraiment le cas. Ça m’était déjà arrivé auparavant, une fois, une seule. Mais c’était si différent cette fois-ci que je ne sais pas s’il s’agissait de la même chose.

J’ai commencé par de la simple méditation, avec la relaxation, mon souffle et mes trois Awens (mentalement). Je me sentais particulièrement légère, exaltée, et trottait dans mon esprit le souvenir de mon unique Vol Astral accompli partiellement seulement, bien des mois auparavant. Je me suis dit « essayons! Qu’ai-je à perdre à essayer? Je peux seulement ne pas réussir ».

Alors j’ai pris conscience de mon corps dans son entier, j’ai ressenti chaque infime parcelle de matière qui me compose. Et, en partant des pieds, j’ai déroulé comme un collant la relaxation totale et l’oubli à mon corps. Comme toujours, j’ai laissé libres ma poitrine et mon ventre, sachant qu’il me faudrait bien respirer et que, de toute façon, ce serait par là que je « sortirai »… si ça marchait.

Dès que mon « philtre » d’oubli a atteint mon visage, j’ai senti dans mon oreille gauche l’habituel sifflement. Sans m’en formaliser, comme je sais qu’il faut le faire, j’ai continué de doucement descendre en moi-même, couche par couche, avec mon souffle, mes vibrations internes et Om, ce mantra si utile. Je me suis retrouvée très, très bas en moi-même, plus que je n’étais jamais allée je crois.

A ce stade, j’étais déjà plus qu’en simple transe, j’étais en état totalement modifié de conscience. Je percevais encore à peu près les sons du monde extérieur, mais le toucher m’était inconnu, tout autant que ma vue, mes paupières étant fermées. D’ailleurs, mes yeux me gênaient beaucoup, car ils tressautaient tous sens, je clignait des yeux sans les ouvrir et cela entravait ma progression. Je me suis incitée à oublier cette gêne, et j’ai poursuivi.

J’ai intensifié doucement le sifflement de mon oreille, attendant de sentir sous mon dos le long mur sombre et froid duquel je devrais basculer.

Mais j’ai eu beau renforcer le sifflement et passer mon corps totalement dans l’oubli, je n’ai jamais pu le sentir. J’étais déçue et assez peu motivée à poursuivre. Mais la concentration était là, mon esprit était clair mais si différent de l’ordinaire… Je ne voulais pas abandonner cette sensation merveilleuse qu’on ne peut décrire. Et, soudain, une révélation m’a envahie, comme si ma petite vois interne me soufflait: « Mais pourquoi vouloir atteindre la Sortie Astrale toujours par les mêmes moyens? Il doit en exister des autres, des myriades d’autres, et il t’appartient de les découvrir… »

Alors je n’ai pas laissé tomber. J’ai cherché, comme on fait le tour d’un mur sans ouverture apparente, la petite fissure par laquelle je pourrais me glisser. Et j’ai senti ma salive bouillonner dans ma gorge. Je l’ai avalée machinalement. Mais, au lieu de me faire perdre de ma concentration, cela m’a indiqué le chemin à suivre:

J’ai repris connaissance de mon corps, mais comme d’une enveloppe vide que mon âme, minuscule lumière perdue dans les ténèbres, aurait parcourue en trottinant, sans jamais en toucher les bords. J’ai senti les liens invisibles que j’avais formés pour nouer fermement mon corps à la Terre. Puis j’ai commencé à voir cette lueur dans ma poitrine, celle que j’aime tant. Elle brillait, magnifique. Je voyais, pas par mes yeux, à l’intérieur de mon propre corps où je n’était plus, ma propre âme réfugiée au centre de ma poitrine. C’était totalement renversant. Indicible.

Doucement, j’ai laissé ma lueur rayonner en moi, de plus en plus fort, de plus en plus dorée. Elle était d’or et pourtant sans couleur, magnifique de pureté, sans centre d’aucune sorte. Elle a grandi, doucement.

Et la plus incroyable des choses s’est produite: Alors que je m’attendais à une sortie par la poitrine comme la première fois, j’ai vu mon corps, replié en position fœtale, se matérialiser sur la lumière. Je contemplais mon propre corps, groupé tout entier dans ma poitrine. Ma conscience s’était rassemblée à cet endroit-là, et le reste de mon corps était parfaitement vide. Je n’avais plus ni pieds, ni jambes, ni tête, ni mains, tout mon esprit était tassé sur lui-même à la place du cœur…

Stupéfaite, émerveillée, j’ai tenté de jouer avec cette découverte. Sans « déplier » ma conscience roulée en boule, je l’ai déplacée, fait tourner et se retourner, s’agrandir et se rapetisser. J’ai joué avec ma propre conscience, avec mon esprit, ou je ne sais ce que c’était, à l’intérieur de mon propre corps vide!

Je l’ai fait voyager vers la tête, doucement, difficilement, comme si l’étroitesse du cou était un obstacle. Elle a perdu sa forme de fœtus et s’est installée dans ma tête. Je la sentais frémissante, prête, tendue à l’extrême vers le vide extérieur que je ne percevais plus.

Moi aussi, enfin l’entité pensante qui restait de moi, attendait le « saut ». J’ai senti l’espèce de « sol » sous moi s’effacer, tous les contours, déjà vagues et imprécis, de mon corps, s’évanouir autour de moi, et je me suis retrouvée flottant dans cette immensité noir d’encre, si vaste, au-delà de l’imaginable. Cet espace hors du monde et du temps que j’aime tant, celui qui je pense me retient trop fortement pour que j’arrive à sortir réellement de moi-même.

Mais n’étais-je pas, d’une certaine façon, déjà dehors? Un « dehors » à l’intérieur de moi-même, en fin de compte. Pas un monde extérieur tel qu’on le perçoit, mais une introspection au-delà des limites du possible… Une façon de voyager qui me satisfait, moi, complètement!

Revenons-en à mon anti-monde obscurément impénétrable. J’y flottais donc, ravie d’y être parvenue. C’est étonnant comme, même éloignées de l’esprit lui-même, les émotions continuent d’affleurer à la surface de notre âme pensante (quel est le mot? Comment nommer ce qu’on ne peut décrire?).

Alors j’ai commencé à tourner. Tourner inlassablement, de plus en plus vite, entraînée par ce sifflement qui ne cessait pas (bien qu’il eût depuis longtemps quitté mon oreille). Et tandis que je tournais, dans quel sens je ne saurais le dire, je m’élevais de plus en plus haut. Bien qu’il n’y aie absolument rien dans cet anti-monde, je sentais quelque chose, des étoiles peut-être, défiler à mes côtés, indiquant ma vitesse croissante d’ascension.

Je savais que si j’allais suffisamment haut, alors je sortirais vraiment et serais dans un plan astral, l’un de ceux que l’on peut explorer sans son corps… J’étais heureuse au-delà des mots. J’avais d’ailleurs perdu tout vocabulaire, même interne, de même que la moindre notion du temps.

Et soudainement, un bruit a retenti dans la maison. Sans transition d’aucune sorte, sans qu’il n’y ait eu de fin, je n’étais plus dans mon vide obscur, mais de retour en moi-même, à peu près au même stade que juste avant l’apparition de ma conscience dans ma poitrine. Je savais que la lumière brillait toujours, mais je ne parvenais plus à la voir, la sentir ni la situer. Je savais aussi que je ne pourrais rouvrir les portes de mon anti-monde une seconde fois.

Alors j’ai parcouru mon corps tout doucement (ma tête était déjà en ébullition), le libérant de l’emprise de l’oubli que je lui avais infligé, et je me suis tournée sur le côté.

Étrangement, j’étais toujours parfaitement en transe. Mais je ne percevais plus rien des différents « moi » que j’avais croisés auparavant, tout était à nouveau embrouillé et confus comme dans la vie de tous les jours. Je sentais le tissu de l’oreiller contre ma joue, mais multiplié à l’infini, ou alors vécu en « décalé » comme si je l’avais touché à travers des gants.

J’ai soupiré et je me suis laissée envahir par les images qui m’assaillaient à toute vitesse, s’enchevêtrant les unes aux autres. Je continuais à méditer sans vraiment y prendre garde. Je me suis fait entraîner dans le tourbillon. J’ai dormi, et pourtant ce n’était pas du sommeil. Je sais que j’ai vu maintes chose cette nuit-là, mais je suis incapable de me souvenir d’une seule…

Je ne comprends plus très bien pourquoi on cherche à sortir de son corps pour visiter le monde dans un autre plan… Le monde, on le visite toute la journée, non? On le voit, le touche, l’entend, le sent et le goûte sans arrêt. Quel intérêt d’y retourner en esprit? Cette envie-là m’a quittée.

En revanche je sais où me porteront ces voyages désormais: dans les tréfonds obscurs de moi-même, plus loin que les limites du corps, de l’esprit ou de la conscience, dans ce vide immense et inégalé que j’ai déjà atteint par deux fois. Je ne sais ce que je pourrai y trouver, ni ce que cela m’apportera. Je sais que l’intérieur de moi-même est absolument infini, bien plus que l’Univers lui-même. Et c’est là-bas que j’irai.

***

Posté par Sine Gealach à 20:35 - Salle de méditation - Commentaires [3] - Permalien [#]
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