J'avais hier pour projet d'aller commencer le temple à Morrigan (j'en parlerai dans un prochain message), mais de nombreux signes m'en ont découragée, je ne sais pas trop pourquoi - mais il est toujours des raisons qu'on ignore. J'ai donc décidé de passer plutôt à mon Sanctuaire personnel, situé non loin.

J'ai donc pris les chemins à travers champs, la pluie d'abord légère tombait de plus en plus fort, j'étais déjà trempée en arrivant à la Forêt. Mais qu'importe ! Vive la pluie, sans elle que serait l'herbe sinon une paillasse desséchée ? Que serions-nous sans l'Eau du ciel ? Je suis passée saluer le vieux Chêne qui me faisait de l'œil depuis longtemps, puis j'ai adopté la démarche silencieuse de rigueur pour les escapades forestières et j'ai plongé dans la sylve humide, sombre et murmurante...
J'aurais pu saluer tous les arbres tant ils étaient tous magnifiques et m'appelaient ! Quelque chose était à l'œuvre cet après-midi-là, une force qui cherchait à me retenir et à m'égarer... Les Fées sans doute, en tout cas je n'ai jamais tant senti leur monde qu'en ce lieu à ce moment !

Après plusieurs détours et quelques égarements, beaucoup d'accrochages avec des ronces aussi, j'ai fini par apercevoir le charme fourchu de ma clairière... J'ai couru au Gardien, l'ai salué avec amour, ainsi que le charme et l'arbre aux vœux. J'avais les larmes aux yeux, me retrouvant enfin chez moi, au centre exact du monde, sous la voûte protectrice et familière des arbres et, plus loin, celle du Père Ciel.
Je suis allée sur la souche, au centre, et ai tenté de méditer mais je n'étais pas concentrée, trop de choses bouillonnaient dans mon esprit. J'ai empoigné mon sécateur et, comme chaque fois, entrepris de couper les ronces qui foisonnent à cet endroit (d'aucuns me diront que les ronces sont tout aussi naturelles que le reste, je le reconnais parfaitement, mais si je veux pouvoir circuler dans mon Sanctuaire je vous assure que je dois les ratiboiser ! de toute façon il y en a tant autour, et qui proviennent sans doute de la même plante ...). Puis, fumante de chaleur dans l'air bruineux, j'ai déposé une demi-poire en offrande sur la souche, comme promis. J'ai chanté les trois Awen, longuement, avec délices, puis je suis allée dire au revoir aux trois arbres avant de couper en direction des ruches.

Arrivée là-bas, j'ai eu encore une fois la surprise de trouver de la cire d'abeille laissée par les apiculteurs (je l'ai embarquée, cela va sans dire), et un merisier chargé de fruits mûrs à point. Autant dire tout de suite que je me suis accordé un long grappillage délicieux... Il y en avait tant, de ces petites merises acidulées à souhait, que j'en ai rempli mon chapeau - et tant pis pour la pluie.
Puis je suis passée devant l'endroit où j'avais lancé une invitation de retour au Peuple Fé il y a quelque mois, et sur une impulsion j'y suis retournée... La Forêt était beaucoup plus sombre, brune, silencieuse et mystérieuse ici que dans les abords si verts de mon Sanctuaire, mais je m'y sentais encore mieux si cela était possible. J'ai sans problème retrouvé le tronc d'arbre couché, et constaté avec plaisir que ma précédente offrande avait fait des heureux... Petit peuple, oiseaux ou animaux des bois, qu'importe, tant qu'elle a pu servir ! J'ai donc laissé au même endroit l'autre moitié de poire et les quelques merises qu'il me restait, en réitérant mon appel. Une grosse chenille rayée et velue me regardait d'un air sceptique, et le silence était si profond que j'en entendais presque les arbres pousser (celui qui me trouve la référence a droit à un chocolat^^).
Enfin, je suis sortie du couvert des arbres, en bataillant à nouveau contre les aubépines qui m'auraient je crois bien gardée en ces lieux enchanteurs, et j'ai pris le chemin du retour, chantant à mi-voix et grignotant ma dernière merise...

Merveilleuse après-midi dans cette Forêt que j'aime à en mourir... Je pourrais y rester des heures et même des jours sans même m'en rendre compte ! Peut-être un jour d'ailleurs je n'en reviendrai pas - vous saurez alors que les aubépines ont su me retenir cette fois-ci...


PS : J'ai remarqué que je pensais au Net alors même que j'étais parmi les arbres *se file un coup de gourdin* Vous ne m'en voudrez donc pas si je m'éloigne à nouveau un peu de cette toile qui perturbe mes méditations sylvestres...